La putain enfantée
Endurer les souffrances du partage, de la multiplication
était pour mon corps-triste, le prix a payer pour jouir du bonheur
était pour ton coeur-pierre l'offrande de mon déshonneur
insultes, crachats, salissures les amies de mon humiliation
Chaque soir, en sueur ou glacée j'espérais le matin devenir ta mariée
gominé, repassé, parfumé, tu passais vérifier les compteurs
si ta bourse je remplissais,tu m'honorais de tes sourires enjôleurs
le matin tes mots d'amour me faisaient oublier que déjà j'étais divorcée
Avec mes soeurs de la nuit,blondes, rousses, brunes, tes fiancées d'un soir
je partageais doutes, rêves, coups, vestes et plastiques
je partageais pardon, abnégation, contre ton sourire angélique
te subir, te faire jouir, t'entendre rire, devenait chaque jour mon espoir
A ce jour encore, j'attends douloureusement que tu daignes le regarder
ce fils, ce frère de ces petits frères, de ces petites soeurs de mes soeurs
ta semence, le lait de ton ventre me mange et égaie mon coeur
il a faim de moi comme j'ai faim de toi , viens...juste pour essayer
Au bout des seins sa bouche téteuse me rappelle tes dents
j'ai mal a en crever de ne plus pleurer, de ne plus être la fiancée
j'ai bon a en hurler de le voir rire, de le voir bébé
viens, voir tes yeux , ta bouche, viens le temps d'un instant
Parce que j'ai dit oui à la vie, à sa vie
tu m'as jetée, répudiée, incendiée
je suis alors, devenue l'exilée oubliée
pour mettre a terme ce petit , si petit
De ce ventre a vendre, il est né pour me racheter
mon corps-plaie saigne de ton absence
mon coeur-plaie crie contre ton silence
je crève de ta peau, appelle moi et tu pourras tout t'acheter
De ce ventre a nouveau vide, de ce ventre compteur
je te laisserai a nouveau tout prendre, tout offrir
plus jamais occasion, il y aura de partir
je jure sur ce petit, que tes poches connaîtront le bonheur
Et moi la putain enfantée, la mère enchantée
j'accepterai les odeurs, les insultes de ces larves ambulantes
je reprendrai la couleur des coups, le trac de la débutante.
Viens, l'or de mes cuisses à jamais va couler...
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