"J'avais..."
J'avais deux grandes oreilles pour écouter
Deux grands yeux ouverts pour regarder
Une grande bouche pour dire des vérités
Mais je n'avais pas de petit clavier
Aujourd'hui mes oreilles sont bouchées
Mes yeux lentement s'éteignent
Ma bouche...oh...ma bouche
Mais j'ai un petit clavier
Que mes doigts caressent et chatouillent
Au rythme des bourrasques en mon cerveau
D'un hiver qui finit par venir insidieux
Me dire que je deviens vieux
Je croise des gens sans visages
Et sans noms
Que je ne verrai jamais
Ne reconnaitrai jamais
Je croise le fer avec ces hens
Batailles de mots
Jets d'opprobre
Parfums de désillusion
Le silence de la nuit est profond
Seul mon petit clavier lui répond
Et mes mots s'étalent sur la toile
Comme autant d'oiseaux sur l'horizon
Mots et images fugitifs
Lancés comme autant de cailloux
Dans la mare au Diable
De nos passions confuses
La fatigue m'engourdit
Autant que le froid de l'hiver
Que le poids des ans
Que la détresse d'être seul
Seul avec mon clavier, mon écran gris
Mur des lamentations
Des prières jamais exaucées
Des espérances follâtres
Instants vivants et perdus
Dans la seconde
Balayés par le temps
Qui passe, passe...
Et pourtant, au loin une lueur
Flammèche presque mourante
Me dit que rien n'est fini
Que j'ai encore un peu de temps
Pour rêver,
Pour penser,
Pour aimer,
Pour dire
Et pour lutter
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