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La traversée de soi
Combien de fois ce regard de chien battu Combien de fois le reflet du miroir glacé Combien de fois mon sourire soudain s'est tu Devant ce corps d'évangile que je ne saurais pourchasser Combien de fois j'admirais tant ces statues
Terrible jugement riant sur mes membres maigres Qu'il m'est impossible d'exhiber La douleur de l'âme me cramponne dans les ténèbres L'espoir empêche de succomber Je poursuis à la trace la vie des hommes intègres
Sortir de soi de son corps s'échapper Ne plus être un pantin pessimiste Rêver de pesanteur se sentir happer Modeler une autre chair qui me résiste Moi qui voudrais tant m'émanciper
Changer n'être plus la vermine de moi-même Comme un chien qui ronge son os je m'acharne Je corrode mon âme quelques larmes que je parsème Je rampe car rien ne me soulève j'incarne Ces insectes qu'un rien n'écrase sans dilemme
Je suis marin dans mon cœur comme dans ma chair Navigateur des bas-fonds capitaine d'eau douce Je rame en silence pauvre pirate en mal de mer Pêcheur d'épaves en déroute à la moindre secousse Interminable voyage sans escales sur un océan éphémère
Victime de moi-même mon âme s'enchaîne Esclave de mes rêves je souffre de mon avenir Et tous ces poignards se plantent dans ma peine Sur le tombeau de mes souvenirs le visage d'un martyr Ou celui d'un ange éperdu aux pieds des chrysanthèmes
Douloureux mal être qui flotte dans mes pensées blessées Chasser en secouant la tête toutes ces images bancales Purger l'alcool distillé dans mes veines violacées Et comme ces navigateurs qui refusent les escales Partir vers d'autres mers à traverser
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