Poèmes de Jérôme M.

 

La traversée de soi

Combien de fois ce regard de chien battu
Combien de fois le reflet du miroir glacé
Combien de fois mon sourire soudain s'est tu
Devant ce corps d'évangile que je ne saurais pourchasser
Combien de fois j'admirais tant ces statues

Terrible jugement riant sur mes membres maigres
Qu'il m'est impossible d'exhiber
La douleur de l'âme me cramponne dans les ténèbres
L'espoir empêche de succomber
Je poursuis à la trace la vie des hommes intègres

Sortir de soi de son corps s'échapper
Ne plus être un pantin pessimiste
Rêver de pesanteur se sentir happer
Modeler une autre chair qui me résiste
Moi qui voudrais tant m'émanciper

Changer n'être plus la vermine de moi-même
Comme un chien qui ronge son os je m'acharne
Je corrode mon âme quelques larmes que je parsème
Je rampe car rien ne me soulève j'incarne
Ces insectes qu'un rien n'écrase sans dilemme

Je suis marin dans mon cœur comme dans ma chair
Navigateur des bas-fonds capitaine d'eau douce
Je rame en silence pauvre pirate en mal de mer
Pêcheur d'épaves en déroute à la moindre secousse
Interminable voyage sans escales sur un océan éphémère

Victime de moi-même mon âme s'enchaîne
Esclave de mes rêves je souffre de mon avenir
Et tous ces poignards se plantent dans ma peine
Sur le tombeau de mes souvenirs le visage d'un martyr
Ou celui d'un ange éperdu aux pieds des chrysanthèmes

Douloureux mal être qui flotte dans mes pensées blessées
Chasser en secouant la tête toutes ces images bancales
Purger l'alcool distillé dans mes veines violacées
Et comme ces navigateurs qui refusent les escales
Partir vers d'autres mers à traverser


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