Stéphane Mallarmé
Biographie et quelques poèmes
Peu de choses à retenir de la vie de Stéphane Mallarmé, ce paisible et discret "homme d'intérieur"
(comme le dira Claudel), qui naquît à Paris le 18 mars 1842. Après des études secondaires où
il excelle particulièrement dans les langues, ce passionné d'Edgar Poe part en 1862 en Angleterre
"pour parler la langue, et l'enseigner dans un coin, tranquille est sans autre
gagne-pain obligé". Il sera effectivement ensuite professeur à Tournon, Besançon, Avignon
et enfin à Paris à partir de 1871.
Déjà passionné par la poésie, il fréquente alors assidûment les milieux parnassiens et symbolistes.
Sans qu'il l'ait cherchée, la célébrité s'empare de lui en 1883-84 après la parution des "Poètes
maudits" de Verlaine et d'"A rebours" de Huysmans, deux livres qui révèlent son génie.
Dès lors, chaque mardi soir, son salon du 89 rue de Rome ne désemplit pas. La vieille garde
symboliste y côtoie, autour du Maître, d'ambitieux cadets (Valéry, Gide, Claudel) ou
d'illustres étrangers (Verhaeren, Wilde). Retraité de l'enseignement depuis 1893, Mallarmé
mourra sur le manuscrit inachevé d'"Hérociade", dans sa maison de campagne de Valvins,
le 9 septembre 1898;
"Le vierge, le vivace..."
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui!
Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.
Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.
Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.
"Poésies" - 1870-1898
"Ses purs ongles très haut..."
Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phoénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore.
Sur les crédences, au salon vide: nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore).
Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,
Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.
"Poésies" - 1870-1898
onyx = variété d'agate
lampadophore = qui porte des flambeaux
ptyx = tablette ou feuillet pour écrire
nixe = génie ou nymphe des eaux
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