Poèmes de Mohamed E.

 

"Thébaïde"

Quand on a plus rien que sa solitude
Le soir venu apparaît le déclin
On trinque avec l'oubli de ses habitudes
Cherchant une épate pour fuir son chagrin.

Et puis soudain on évoque l'ancien temps
Qui nous a vu gravir les marches du succès
Grisé par la gloire, et, presque insolent
On toise les autres d'un regard agacé

Que de titres, d'honneur et de promotions
Paradant de faste, jusqu'à l'arrogance
En faisant fi des règles de la tradition
Qu'oblige notre rang à plus de bienséance

De cette époque lointaine et révolue
Mon cœur contrit, rappelle ses souvenirs
De tristes regrets, du trajet parcouru
Implorant le pardon pour se repentir.

A l'orée de mon âge, vaincu par les ans
Tel un vieil arbre aux branches dégarnies
Je ressasse ma vie, passé et présent
Suivant à la trace l’ancien chemin pris


APHRODITE

Mes songes sont sur tes lèvres vermeilles
Je délecte le doux parfum de ta peau
Mes mains caressent ton corps qui s'éveille
Traînant sur les dédales de ton dos.

Tes longs cheveux, crinière de l'alezan
Tombent sur ta nuque, divin refuge
Où ma bouche lambine, en embrasant
La passion d'un volcan, crachant son déluge.

L'éclat de tes dents, nargue le soleil
Donnant à ton sourire, l'envie d'aimer
Tandis que tes yeux, d'un vert sans pareil
Calme mes désirs, et, me laissent rêver.

Mes doigts gambadent sur tes hanches
Dont le galbe enflamme mes désirs
Source limpide, de ma soif qui s'étanche
Dans le creux de ton ventre qui soupir.

De mes nuits que tu hantes si souvent
La lumière de ton ombre me taquine
Frôle mon visage de son air insolent
Murmurant des paroles en sourdine.


A TOI AMOUR DE MA VIE

Je revois souvent nos anciennes photos jaunies par le temps.
Mon dieu comme le temps passe vite, ça fait déjà trente ans.
Je me rappelle le premier jour de notre rencontre.
Tu étais assise là sur un banc, regardant ta montre.

Tu étais si jeune, si belle, les cheveux au quatre vents.
Ta petite valise en carton rouge dans ta main le tenant.
Tu paraissais ridicule avec ton chapeau un peu trop grand.
Pendant sur ton dos, il te donnait l'air d'une adolescente.

Tu me regardais du coin de l’œil, furtivement.
Sentant mon regard fixé sur toi, tu tournes la tête brusquement.
Telle une aristocrate zélée à l'air mécontent
Voulant dire par-là, eh! Monsieur pas de boniment!

Pour la première fois de ma vie, mon cœur est chancelant.
Tout mon être vibre, c'est l'extase, quel beau moment.
Il fallait à tout prix te parler, te faire part de mes sentiments.
Le coup de foudre! Moi le subir ? Impensable décidément.

Quelques mois passèrent nous fûmes unis finalement.
Pour le meilleur et le pire telle le veut la tradition.
Tu m'as comblé d'amour, de tendresse, quel émerveillement.
Mon amour pour toi n'avait pas d'égal fort heureusement.

Tu étais si prévenante, douce, patiente et pleine d'attention.
Avec toi j'ai connu les plus belles années de ma vie sincèrement.
Toujours souriante, affable, attentive à mes appels pressants.
Tel un ange tu illumines mon coeur, mon âme quel engouement.

Malgré mon sale caractère, soupe au lait le plus souvent.
De ta voix, douce et câline, tu fléchissais mon tempérament.
Mais non! Je persistais encore et encore à t'en vouloir autant.
Implacable tu riais toujours de cette tournure que tu aimais tant.

Ta voix, tes rires résonnent encore et pour longtemps.
Sans toi la vie n’est plus comme avant, c'est hallucinant.
Que de fois l'envie me prend de sentir un à un tes vêtements.
Ton odeur est là, omniprésente elle vie au présent.

Pourquoi m'avoir quitter sitôt est-ce un châtiment?
Non! Ce n'est pas toi qui es parti de ton gré sûrement.
La mort! Toujours sournoise, elle plane constamment.
Repose en paix mon amour éternel! Â tantôt certainement.


"Les guerrier de Hadès"

Venant des rives du Styx enfer des damnés
Les guerriers de Hadès surgissent des ténèbres
Ils se ruent sur leur proie tels des forcenés
Soldats de la mort à l'allure des ombres

Dans la sorgue opaque ils cernent le village
Leur hideuse dégaine se profile sur les murs
Débute sans un bruit la razzia sauvage
Cruauté barbare que l'agonie murmure.

Ces monstres au coeur d'airain tuent en hurlant
Défiant l'empyrée la camarde se brocarde
Images Dantesques des corps noyés de sang
Les Hachichins plein de hargne paradent.

Dieu dans sa colère décrète sa sentence
L'éclair éventre le ciel qui s'enflamme
Des cris stridents déchirent le silence
Les cadavres par centaines gisent sans âme

La village martyre prépare les suaires
Fusent de partout les complaintes funèbres
Les femmes dolentes couinent leur calvaire
Bentalha rentre dans la saga macabre


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