Pierre De Ronsard
Biographie et quelques sonnets
Il naît au manoir de La Possonnière, près de Couture-sur-Loir, dans un famille de
petite noblesse. On le destine à la carrière des armes et de la Cour.
Page des fils de François 1er, il voyage (et séjourne notamment en Ecosse).
Bientôt il est frappé de surdité partielle: plus question, désormais, de porter les armes.
Aussi Ronsard reçoit-il les ordres mineurs, ce qui lui permettra de vivre
de bénéfices ecclésiastiques.
En 1543, il rencontre Peletiers du Mans, probable lecteur de ses premiers poèmes.
Il se lie ensuite au jeune Jean Antoine de Baïf. Ensemble (Du Bellay les rejoindra vite),
ils suivent, à Paris, au collège de Coqueret l'enseignement de Jean Dorat.
Ronsard s'imprègne de poèsie grecque, d'Homère à Pindare, d'Hésiode aux Alexandrins.
Les latins, bien sûr, ne sont pas en reste (Virgile et Horace surtout).
Toute sa vie le poète poursuivra ses lectures et relectures, l'une des sources constantes
de sa propre création.
En 1550, il publie les quatres premiers livres des "Odes", qui font de lui
le plus en vue des nouveaux poètes. Ce sera ensuite, jusqu'à sa mort, un flot
ininterrompu de publications. Aucun poète du temps n'approche la puissance et la variété
de Ronsard, qui essaie tous les genres, tous les styles, comme en se jouant.
Il incarne la Pléiade à lui seul: ses amis, ses rivaux, auront quelque mal,
dans ce concert où il joue toutes les parties, à faire entendre leur voix propre.
"Amours"(de Cassandre), 1552; "Folastries", 1553; "Mélanges", "Hymnes","Continuation",
"Nouvelle Continuation des Amours", 1555-1556: le rythme est donné.
En 1560, Ronsard procure la première édition collective de ses "Oeuvres"; d'autres suivront
(1567, 1571, 1572, 1578, 1584).
L'auteur ne cesse de corriger ses vers et de revoir la composition de ses recueils,
ajoutant, retranchant, substituant.
1562 voit débuter la guerre civile. Ronsard s'engage pour condamner la prise d'arme des protestants:
c'est la poèsie politique des "Discours", qui circulent dans tout le royaume
sous forme de petit livret. Mais le poète abandonne vite ce type de production.
En 1565, il obtient le prieuré de Saint-Cosme, près de Tours. Il publie des "Elégies",
des "Poèmes" (6ème et 7ème livres, 1569); enfin, en 1572, les quatres premiers livres
de "La Franciade", si longtemps attendue.
En 1574, meurt le roi Charles IX, dont Ronsard se sentait l'ami et en qui il voyait son
premier lecteur. Le poète ne s'entend pas avec son successeur, Henri III, qui lui préfère Desportes.
Ronard séjourne à Saint-Cosme et dans son Vendômois natal. En 1578, la cinquième édition des
"Oeuvres" comprend les "Sonnets pour Hélène". L'auteur écrit toujours, corrige toujours.
Après les "Oeuvres" de 1584, malade, il compose encore les "Derniers Vers",
qui seront publiés après sa mort.
Celle-ci le surprend en décembre 1585, à Saint-Cosme.
Sa mémoire recevra un hommage officiel, deux mois plus tard, au collège de Boncourt.
Ode à Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.
Las! Voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las! Las! Ses beautés laissé choir!
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse;
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
"Les Amours" - 1552
NB: ceci, bien sûr, n'est pas un sonnet.
"Comme on voit sur la branche..."
Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose;
La grace dans sa fueille, et l'amour se repose,
Embasmant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais battue ou de pluye, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, fueille à fueille declose.
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de laict, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif ou mort ton corps ne soit que roses.
"Second Livre des Amours" - Sur la mort de Marie, 4 - 1578
Orthographe non modernisée - fueille=pétale
"Quand vous serez bien vieille..."
Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant:
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle."
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
"Sonnets pour Hélène" - II, 24 - 1578
"Je n'ay plus que les os..."
Je n'ay plus que les os, un Schelette je semble,
Decharné, denervé, demusclé, depoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son filz, deux grans maistres ensemble,
Ne me sçauroient guérir, leur mestier m'a trompé,
Adieu plaisant soleil, mon oeil est estoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se desassemble.
Quel amy me voyant en ce point despouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lict et me baisant la face,
En essuiant mes yeux par la mort endormis?
Adieu chers compaignons, adieu mes chers amis,
Je m'en vay le premier pour preparer la place.
"Derniers Vers" - Sonnet I - 1586 (édition posthume)
Orthographe non modernisée
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