Paul Verlaine



Biographie et quelques poèmes



Il naît à Metz le 30 mars 1844. Ses études secondaires sont bonnes et l'obtention du diplôme de bachelier, en 1864, lui ouvre les portes de l'administration de l'Hôtel de Ville. Mais tout le temps libre de ce jeune homme sensible et inquiet va à la poésie. Avec ses "Poèmes Saturniens", il frappe aux portes du "Parnasse contemporain" et trois ans plus tard, dans "Fêtes galantes", il offre le premier spectacle des paysages à la fois raffinés et "déliquescents" de son âme tourmentée. A cette époque, l'absinthe et les mirages de la bohème se sont déjà emparés de lui. Pourtant, Mathilde Mauté, une jeune fille douce et charmeuse qu'il épouse en 1870, va lui offrir pour quelques mois ce "vaste et tendre apaisement" dont il rêve dans ses vers. Le Siège de Paris, les troubles de la Commune et surtout la rencontre, en septembre 1871, de Rimbaud auront vite raison du bonheur du couple. Pendant deux ans le vagabondage tumultueux des deux poètes les conduit en Angleterre et en Belgique. Verlaine y puisera l'inspiration de son recueil "Romances sans paroles", avant que l'alcool et la colère ne le poussent, en juillet 1873, à tirer sur son compagnon. Emprisonné à Mons pendant deux ans, répudié par Mathilde, le poète s'efforce alors à une double conversion morale et mystique dont témoigneront les vers de "Sagesse". Mais la solitude et la misère auront encore trop souvent raison des contritions du prisonnier. Ses derniers recueils, inégaux, trahissent un permanent déchirement entre les "sages" et impossibles résolutions et les rechutes dans le vice et le "péché". Malgré une tardive reconnaissance par ses pairs (il est sacré "Prince des poètes" en 1894 à la mort de Leconte de Lisle), Verlaine mourra dans le dénuement et la détresse, en janvier 1896.


Mon rêve familier Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime, Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. Car elle me comprend, et mon coeur, transparent Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. Est-elle brune, blonde ou rousse? - Je l'ignore. Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila. Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues. "Poèmes saturniens" - 1866


Chanson d'automne Les sanglots longs Des violons De l'automne Blessent mon coeur D'une langueur Monotone. Tout suffocant Et blême, quand Sonne l'heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure; Et je m'en vais Au vent mauvais Qui m'emporte Deçà, delà, Pareil à la Feuille morte. "Poèmes saturniens" - 1866


Clair de lune Votre âme est un paysage choisi Que vont charmant masques et bergamasques, Jouant du luth, et dansant, et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques. Tout en chantant sur le mode mineur L'amour vainqueur et la vie opportune, Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur Et leur chanson se mêle au clair de lune. Au calme clair de lune triste et beau, Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres Et sangloter d'extase les jets d'eau, Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres. "Fêtes galantes" - 1869


Green Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux. J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encor de vos derniers baisers; Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête, Et que je dorme un peu puisque vous reposez. "Romances sans paroles" - 1874


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