Abraham De Vermeil
Petite biographie et deux sonnets
Sa vie est aussi peu connue que son oeuvre (1555-?), dont l'importance et la qualité sont
à redécouvrir. Sujet anobli (pour ses beaux vers) du Duc de Savoie, partisan de Henri de Navarre
dont il porta les armes, ce poète occupa une place de premier plan dans les recueils poètiques
jusqu'en 1622.
Dans ses poèmes d'amour, il se met à l'école du "divin Pétrarque", et il dit la violence,
les tourments de la passion en usant d'images raffinées et surprenantes.
"Je m'embarque joyeux..."
Je m'embarque joyeux, et ma voile pompeuse
M'ôte déjà la terre et me donne les mers,
Je ne vois que le ciel uni aux sillons pers,
C'est le premier état de mon âme amoureuse.
Puis je vois s'élever une vapeur confuse,
Ombrageant tout le ciel qui se fend en éclairs,
Le tonnerre grondant s'anime par les airs,
C'est le second état dont elle est langoureuse.
Le troisième est le flot hideusement frisé,
Le mât rompu des vents et le timon brisé,
Le navire enfondrant, la perte de courage.
Le quatrième est la mort entre les flots salés,
Abattus, rebattus, vomis et avalés;
Bref mon amour n'est rien qu'un horrible naufrage.
"Oeuvres" - 1600-1622
"Puisque tu veux dompter..."
Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants
Par le rare portrait de ses grâces divines,
Frise de crysolits ses tempes ivoirines,
Fais de corail sa lèvre et de perle ses dents:
Fais ses yeux de cristal y plaçant au-dedans
Un cercle de Saphirs et d'Emeraudes fines,
Puis musse dans ces ronds les embûches mutines
De mille amours taillés sur deux Rubis ardents.
Fais d'Albâtre son sein, sa joue de Cinabre,
Son sourcil de jaïet, et tout son corps de marbre,
Son haleine de Musc, ses paroles d'Aimant:
Et si tu veux encor que le dedans égale
Au naïf du dehors, fais lui un corps d'Opale
Et que pour mon regard il soit de Diamant.
"Oeuvres" - 1600-1622
Retour Accueil
|